Le plafond d’amortissement d’un véhicule de tourisme détermine directement le montant que l’entreprise pourra déduire de son résultat fiscal. En 2026, les seuils restent alignés sur les tranches d’émissions CO₂ mesurées en cycle WLTP, avec quatre paliers allant de 9 900 € à 30 000 € selon la motorisation. Ce cadre, ancré dans l’article 39-4 du CGI et confirmé par les mises à jour du BOFiP, oriente le choix de motorisation et le coût total de détention.
Le coefficient de réintégration fiscale : la mécanique que les barèmes seuls ne montrent pas
Connaître le plafond applicable à un véhicule ne suffit pas. La part d’amortissement non déductible se calcule en appliquant un coefficient précis à chaque dotation annuelle. Ce coefficient se détermine ainsi : (prix TTC du véhicule – plafond) divisé par le prix TTC.
Si une entreprise acquiert un SUV thermique émettant plus de 160 g de CO₂/km pour un prix TTC de 45 000 €, le plafond applicable est de 9 900 €. Le coefficient de réintégration atteint alors (45 000 – 9 900) / 45 000, soit environ 0,78. Sur un amortissement linéaire de 5 ans, la dotation annuelle comptable est de 9 000 €, mais environ 7 020 € par an doivent être réintégrés au résultat fiscal.
Cette mécanique signifie que pour les véhicules dont le prix dépasse largement le plafond, la quasi-totalité de l’amortissement annuel est perdue fiscalement. Le coefficient n’est pas un détail technique : il transforme un écart de prix en écart de charge d’impôt sur toute la durée de détention.

Plafonds d’amortissement 2026 par tranche d’émissions CO₂
Les quatre seuils applicables en 2026 pour les véhicules de tourisme (catégorie M1) sont les suivants :
| Émissions CO₂ (WLTP) | Plafond déductible (TTC) |
|---|---|
| Moins de 20 g/km | 30 000 € |
| De 20 à 49 g/km | 20 300 € |
| De 50 à 160 g/km | 18 300 € |
| Plus de 160 g/km | 9 900 € |
Ces montants s’entendent TTC, puisque la TVA sur l’achat d’un véhicule de tourisme n’est pas récupérable. Un véhicule électrique à moins de 20 g/km bénéficie donc d’un plafond trois fois supérieur à celui d’un thermique fortement émetteur.
La stabilité de ces plafonds depuis 2025 offre une visibilité réelle aux gestionnaires de flotte. Les arbitrages de renouvellement peuvent se faire sans craindre un durcissement soudain des seuils.
Batterie facturée séparément : un levier d’amortissement hors plafond
Pour les véhicules électriques, la batterie constitue souvent une part significative du prix d’achat. Lorsque le constructeur ou le concessionnaire facture la batterie sur une ligne distincte du véhicule, son amortissement s’effectue hors plafond, sur sa durée d’usage propre.
Ce point change radicalement le calcul. Sur un véhicule électrique affiché à 45 000 € TTC dont la batterie représente 12 000 € facturés séparément, la base soumise au plafond tombe à 33 000 €. Avec un plafond de 30 000 €, l’amortissement non déductible ne porte alors que sur 3 000 €, contre 15 000 € si la batterie n’avait pas été isolée.
Les retours terrain divergent sur la facilité d’obtenir cette facturation séparée. Certains constructeurs la proposent systématiquement, d’autres l’intègrent dans un prix global. Vérifier ce point avant la commande du véhicule permet d’optimiser la déductibilité sans modifier le choix du modèle.
Location longue durée et amortissement non déductible
Le mécanisme s’applique aussi aux véhicules pris en LLD ou en crédit-bail. Le plafond porte alors sur la part du loyer correspondant à l’amortissement du véhicule, et non sur l’intégralité de la redevance. Le bailleur communique en principe cette ventilation. L’entreprise locataire réintègre la fraction non déductible sur la même base de calcul.

Déclaration fiscale : où réintégrer l’amortissement non déductible
La réintégration extra-comptable s’effectue à des emplacements différents selon le régime fiscal de l’entreprise :
- Pour les entreprises soumises à l’IS ou à l’IR dans la catégorie BIC, la réintégration se fait sur la ligne WE du formulaire 2058-A
- Pour les professionnels relevant du régime BNC, c’est la ligne 36 de la déclaration 2035-B qui accueille le montant
- Pour les exploitants agricoles (BA), la réintégration suit la même logique que les BIC, sur le tableau de détermination du résultat fiscal
L’oubli de cette réintégration constitue une anomalie détectable lors d’un contrôle fiscal. L’administration compare le prix d’acquisition inscrit dans les immobilisations au plafond applicable, puis vérifie que la dotation excédentaire a bien été neutralisée chaque année.
Impact concret sur le choix de motorisation en flotte
Le différentiel de plafond entre un véhicule électrique (30 000 €) et un thermique au-delà de 160 g (9 900 €) représente un écart de base déductible de 20 100 €. Réparti sur cinq ans d’amortissement linéaire, cela génère une différence de déductibilité annuelle de 4 020 €.
Pour une entreprise soumise à l’IS au taux normal, cette déductibilité supplémentaire réduit l’impôt d’environ un millier d’euros par an et par véhicule. Multiplié par une flotte de plusieurs dizaines de véhicules, l’effet sur la charge fiscale globale devient un paramètre structurant du budget.
Le plafond n’est pas le seul facteur fiscal à intégrer. La TVA sur l’électricité de recharge est partiellement récupérable, contrairement à celle sur l’essence. Le cumul de ces avantages fiscaux modifie le coût total de détention (TCO) en faveur des motorisations faiblement émettrices, indépendamment du prix catalogue.
Les plafonds 2026 restent un outil de pilotage fiscal à part entière. Un véhicule dont le prix TTC se situe juste au-dessus du plafond applicable génère un amortissement non déductible marginal, tandis qu’un modèle deux fois plus cher voit la majorité de sa dotation annuelle neutralisée. Choisir un véhicule dont le prix reste proche du plafond applicable à sa tranche d’émissions reste la stratégie la plus efficace pour augmenter la déductibilité sans sacrifier le niveau de prestation.

